Asseyez-vous tranquillement à la terrasse d’un café, ou dans une rame de métro et observez. Observez autour de vous le nombre de personnes, tête baissée, yeux rivés sur leur smartphone et vous comprendrez à quel point l’hyperconnexion touche chacun d’entre nous.

A l’heure où les appareils connectés se sont massivement introduits dans notre vie, et où le smartphone a remplacé l’animal de compagnie au rang de meilleur ami de l’homme, il paraît intéressant de faire le point sur le fléau moderne de l’hyperconnexion.

Quels sont ses effets ? Comment peut-on la réguler dans le monde de l’entreprise ? Est-elle nocive pour notre santé psychologique, au travail ou dans notre vie privée ? Mais surtout à quel point devons-nous nous sevrer de cette hyperconnexion ? Ce sont autant d’interrogations auxquelles nous allons tenter de répondre.


Statistiques hyper connectées

Les chiffres de l’hyperconnexion, tant sur le plan privé que sur le plan professionnel sont inquiétants.

Côté vie privée, l’hyperconnexion se mesure lorsque l’on regarde par exemple le pourcentage de français qui utilisent leur téléphone dès qu’ils s’ennuient : 91% (Baromobile OMG/SFR, 2015). Cette dépendance aux smartphones est illustrée par de nombreuses études qui estiment à 50% le nombre de français qui dorment avec leur téléphone allumé à proximité. Encore plus étonnant, 92% des personnes réveillées en pleine nuit par un message y répondent immédiatement (étude INSV MGEN, 2016).

Autre chiffre corroborant cette dépendance accrue : près de 20% des français consultent leur téléphone dans les 5 minutes suivant leur réveil (étude du cabinet Deloitte, 2015).

Côté vie professionnelle, là aussi, les études sur l’hyperconnexion sont nombreuses et font, entre autres, ressortir les chiffres suivants : 1/3 des cadres Français se déconnectent rarement, voire jamais en dehors de leur temps de travail et 63% déclarent que cela perturbe leur vie privée (Enquête APEC-CREDOC – 2014).

L’hyperconnexion est jugée comme étant une source de stress par 82% des cadres français, selon une étude de l’IFOP de 2016.

62% des salariés expriment une forte attente quant à la régulation des outils numériques.

Un nouvel article dans le code du travail a récemment fait son apparition concernant la régulation de l’usage de ces outils, instaurant un “droit à la déconnexion” pour tous les travailleurs. 

Focus sur le droit à la déconnexion du Code du travail

Le droit à la déconnexion prévoit une “ mise en place par l’entreprise de dispositifs de régulation de l’utilisation des outils numériques, en vue d’assurer le respect des temps de repos et de congé ainsi que de la vie personnelle et familiale ”. L’instauration de ces dispositifs doit être prévue dans le cadre d’un accord collectif ou, à défaut, faire l’objet d’une charte.

En pratique, les différentes dispositions du droit à la déconnexion sont les suivantes :

→ Etablir un diagnostic préalable et un état des lieux

→ Mettre en place des indicateurs pour définir des temps de travail appropriés à des situations spécifiques à l’entreprise

→ Sensibiliser les salariés à la déconnexion

→ Former les managers à la déconnexion en écartant des méthodes de management oppressantes

→ Mettre en place concrètement des plages horaires de déconnexion totale en dehors de l’entreprise (soirées, week-end, congés)

Les risques liés à l’hyperconnexion au travail

Répondre à des mails, SMS ou appels professionnels après le travail ou le week-end est devenu presque habituel pour tout un chacun. Cependant, l’absence totale de déconnexion à l’environnement de travail et le flux d’information incessant provenant des outils numériques génèrent un sentiment d’oppression et d’anxiété auprès des salariés, et peuvent, dans des situations plus sévères, mener au burn-out.

Cette invasion d’information visible au sein même de l’entreprise. En effet, certains salariés qui travaillent déjà avec deux téléphones, et parfois même plusieurs tablettes ou ordinateurs, sont assiégés par de multiples notifications ou encore discussions sur le réseaux sociaux internes à l’entreprise. Il devient donc plus difficile de mener leurs tâches quotidiennes de façon sereine.

Il apparaît donc nécessaire pour les managers d’apprendre à prévenir ces risques en repérant les symptômes d’un stress accru chez certains salariés.

Aussi, il est important de reconsidérer la responsabilité des outils électroniques dans la génération du stress chez les salariés. En effet, au delà des machines, ce sont bel et bien aux “mauvais” managers d’endosser une part de responsabilité, si stress négatif au travail il y a. Certains managers, qui n’ont évidemment pas les bonnes méthodes, mettent une pression énorme sur les membres de leurs équipes, les poussant ainsi à prendre des appels professionnels à 21h entre deux coups de fourchette, et à consulter leur boîte mail à minuit. Ainsi, la tentation exercée par les appareils numériques est souvent aggravée par la pression démesurée exercée par des mauvais managers. Ils ne font ainsi qu’augmenter le nombre de facteurs menant à une hyperconnexion peu saine, pour le corps, et l’esprit.

Il revient donc au manager d’insister sur le fait qu’un e-mail reçu le soir, peut attendre le lendemain pour être traité. Ils doivent aussi apprendre à calmer le “stress anticipatoire” des salariés, généré par l’attente d’une quelconque sollicitation et l’angoisse d’être toujours disponible pour y répondre.

Un impact sur la santé largement méconnu

Les conséquences de l’hyperconnexion sur la santé, tant au travail que dans la vie privée, sont mésestimées par la majorité des français. Alimentation, vision, sommeil, activité physique sont autant d’aspects pouvant être impactés par l’hyperconnexion.

Etude pour la Fondation APRIL – Institut BVA

Tout d’abord le sommeil. Nous nous sommes déjà tous couchés en regardant des vidéos ou en consultant notre compte twitter. Or un endormissement normal nécessite une période de déconnexion du cerveau, qui ne peut avoir lieu lorsque celui-ci fixe un écran. S’en suivent donc des perturbations du sommeil, et un repos moins efficace.

D’autre part, la lumière bleue provenant des écrans est nocive pour notre vision et fatigue nos yeux en fin de journée. Fatigue oculaire et trouble du sommeil ne font ensuite qu’aggraver des états de stress ou d’épuisement, encore plus dangereux pour notre santé physique et psychologique.

Enfin, bien évidemment, le temps considérable que nous passons assis devant nos écrans participe à la diminution du temps consacré à une activité physique quotidienne, essentielle au maintien d’un corps sain.

Plus surprenant à entendre, l’hyperconnexion peut aussi affecter notre nutrition. En effet, de nouveaux modes d’alimentation ont fait leur apparition avec l’arrivée des outils numériques : les repas sur le pouce, devant un écran, debout sur son smartphone… Autant de situations favorisant une nutrition peu saine et des repas peu équilibrés.

Outre ses multiples effets sur la santé, l’hyperconnexion met également en danger la force de notre lien social réel, en lui substituant un lien social virtuel. En privilégiant les échanges par l’intermédiaire d’outils numériques, nous mettons trop facilement au second plan nos possibilité de discussions, de rencontres et d’interactions dans le monde “réel”, fragilisant un peu plus le lien social du monde “hors écrans”. Nous pourrions ici en venir au débat passionnant de la place des réseaux sociaux et des relations virtuelles dans notre quotidien, de la satisfaction que nous avons développée à vivre à travers le regard des autres, plutôt que de nous concentrer sur la réalité de notre vie… Mais nous nous nous éloignerions de notre propos principal.

Il est temps de déconnecter !

Pour conclure, il est tout d’abord important d’être conscient de notre degré d’hyperconnexion, avant de pouvoir agir sur celui-ci. L’absence de déconnexion affecte autant notre vie professionnelle que privée, nous empêchant même souvent de dissocier les deux. En entreprise, il est important de réguler l’utilisation d’outils numériques, mais également de former des managers à la déconnexion, en instaurant un climat plus apaisé qui incite les salariés à s’autoriser des périodes de coupure totale avec leur travail.

 

Enfin, il est toujours important de garder en tête les effets néfastes de l’hyperconnexion sur notre santé, et ainsi trouver la motivation nécessaire pour réduire notre dépendance aux écrans.

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